COP 21 : bravo les politiques ! Mais n’oubliez pas la société civile …

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Affiche COP21ParisLa COP 2015 de Paris était une étape très importante dans la réflexion animée depuis presque 50 ans par l’ONU sur les questions de développement durable et de changement climatique. Conférence de Stockholm en 1972, création du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en 1988, Conférence de Rio en 1992, puis une série de COP : protocole de Kyoto ou COP3 en 1997, … COP15 de Copenhague, … COP20 de Lima, et donc COP21 de Paris … les COP sont pleines !

Et cette n°21 était particulièrement importante car vu l’inertie des processus de changement climatique, tout le monde s’accordait à dire que se séparer sans accord aurait envoyé un message extrêmement négatif à l’ensemble de l’humanité.

Rappelons en effet que si nous continuons sans rien changer notre consommation actuelle d’énergies fossiles, le GIEC prévoit une hausse moyenne des températures de 4.8°C d’ici 2100. Compte tenu du fait que l’augmentation déjà enregistrée de 0.85°C depuis le 19ème siècle a déjà causé un dérèglement très sensible, on peut imaginer la catastrophe absolue que constituerait une hausse 5 fois plus importante dans les 85 prochaines années : tempêtes à répétition, submersion des terres basses, migrations climatiques, extinction massive d’espèces, … Quand on a 5°C de fièvre, on sait qu’on est très malade …

Quel lien entre la consommation d’énergies carbonées fossiles et cette hausse de température ?
C’est une explication en 4 points toujours bonne à rappeler :

  • D’abord ces énergies sont dites « carbonées » car elles se sont fabriquées au fil du temps par transformation de matières végétales constituées essentiellement d’eau et d’atomes de carbone. Le carbone est en effet la « brique de base » choisie par la nature pour la facilité avec laquelle elle forme avec l’hydrogène, l’oxygène, l’azote, le phosphore, le soufre… les chaines d’atomes complexes dont nous sommes composés…
  • Ensuite ces énergies sont dites « fossiles » car cette transformation de matières végétales s’est faite par enfouissement géologique sur des millions d’années ! Et cet enfouissement soumettant ces matières à des pressions et à des températures très élevées pendant des temps très longs, on obtient une sorte de « concentré de carbone » sous forme de pétrole, de charbon, et de gaz méthane ! Un peu comme on met trente ans à transformer du raisin en vieux cognac…
  • Et on extrait pétrole, charbon, gaz, car ces matières étant donc constituées surtout de carbone, elles, ou plutôt leur carbone, brûlent dans l’air ! On peut alors se chauffer, faire fonctionner un moteur ou un réacteur grâce à la réaction chimique découverte par Lavoisier : C (carbone) + O2 (oxygène) donne de la chaleur et du gaz CO2 (dioxyde de carbone). Ces matières carbonées sont donc bien des « énergies », et elles sont dites « fossiles » pour rappeler leur origine !
  • Le malheur vient du fait que le CO2 est un gaz qui diminue le rayonnement de la Terre vers le ciel… Or la Terre se réchauffe à la lumière du Soleil mais se refroidit (surtout la nuit…) par rayonnement vers le ciel noir  (on met un pull quand le soleil se couche). Et comme on a relâché beaucoup de CO2 depuis qu’on brule des énergies fossiles, on a ralenti ce rayonnement, et du même coup le refroidissement de la Terre : celle-ci se réchauffe donc lentement depuis que les hommes relâchent sous forme gazeuse (150 ans) le carbone qui s’était stocké géologiquement (150 000 000 ans).

On a mis longtemps à s’apercevoir de ce phénomène et c’est seulement depuis 50 ans que des scientifiques ont commencé à alerter la société. Leurs travaux ne sont devenus incontestables que vers 1995, et on a mis encore 20 ans à prendre la mesure des changements que tout cela impose ! Et ces changements sont immenses, car alors que l’humanité tire 80% de son énergie de ces énergies « fossiles », il faut y renoncer d’ici 2050 !

Le rapport avec la COP21 ? C’est que les processus ci-dessus y ont été définitivement reconnus comme vrais et devant entrainer de façon urgente des politiques publiques nouvelles. Un accord international sur le climat, applicable à tous les pays, y a été validé par les 195 participants, fixant comme objectif une limitation du réchauffement mondial entre 1,5 °C et 2 °C d’ici 2100… Chaque pays a déposé une contribution listant les efforts qu’il compte faire dans ce sens, beaucoup de ces efforts portant sur la mise en production d’énergies « décarbonées », dites aussi « renouvelables » ou « durables ».

Bravo, donc ! Mais…

  • Ne pas oublier que cet accord doit être ratifié par les pouvoirs politiques des 195 pays : il y aura de la perte en ligne …
  • Même une fois ratifié par un pays, celui-ci ne sera soumis qu’à une pression morale : il n’est pas créé de tribunal international climatique …
  • Et beaucoup d’états et de partenaires de la COP font ou feront du « greenwashing » : l’exemple typique est l’engouement pour les voitures électriques présentées comme « écologiques » et qui ne le seront que quand la production de leur électricité sera elle-même « écologique »…, c’est-à-dire dans 25 ans dans la majorité des cas …

A vrai dire, ces limites étaient inévitables : la plus belle COP ne peut pas transformer le monde à elle seule … En fait, l’ambiguïté majeure de cette COP21 (comme toujours dans ce genre de sommet…) réside dans le fait que les gouvernements s’y sont donné « en majesté » le rôle principal (ce qui est un peu normal…) et surtout exclusif (ce qui est beaucoup plus regrettable…): « Regardez comment je règle le problème climatique ! ». Tout à jouer leur rôle devant les médias, ils oublient facilement deux vérités un peu désagréables à leurs yeux :

  • D’une part les politiques publiques ne sont pas des pièces de théâtre mais des ensembles d’actions/réactions/rétroactions incroyablement complexes dans lesquelles les lois pèsent moins que la façon dont les peuples les perçoivent, les acceptent ou pas, et les vivent… Et ces politiques mettent donc à l’épreuve la qualité de nos démocraties, alors qu’on sait que celles-ci font l’objet de plus en plus de critiques quant à leur difficulté à prendre en compte la société civile …
  • D’autre part, l’accord obtenu ne dit nulle part que les objectifs énumérés sont totalement inaccessibles sans une dimension de « sobriété volontaire » selon l’expression de NégaWatt, mais « heureuse » selon celle de Pierre Rabhi … En effet aucune production écologiquement acceptable ne pourra remplacer, en quantité équivalente et suffisamment rapidement, les énormes quantités d’énergie primaire issues du pillage mondial des énergies fossiles ou de l’uranium ! Nous pouvons vivre très confortablement des énergies renouvelables mais à condition de les utiliser de façon efficace mais surtout à bon escient.

Donc la COP21, un succès ? Oui et heureusement, mais tout reste à faire, y compris changer notre vision des choses, nos aspirations, nos fonctionnements privés et collectifs … Autant de choses qui ne sont concevables que si on a compris en profondeur le pourquoi et le comment des énormes mutations qui sont encore devant nous…

C’est à cette compréhension que j’entends toujours contribuer à ma microscopique échelle.

Professeur Kiddonk Sysnetoua

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