Première publication le 14 mai 2008 par Philippe Cazeneuve

 

Le Petit Prince : (…) Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ?
Le Renard : Ça signifie « créer des liens… » (…) On ne connait que les choses que l’on apprivoise. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands.

Antoine de SAINT-EXUPERY, Le Petit Prince, Paris, Gallimard, 1946.

J’accompagne actuellement un ami médecin homéopathe dans le développement de ses compétences à maîtriser son ordinateur et les outils numériques qui l’accompagnent. Alors que j’essayais de lui expliquer ma démarche pédagogique, il m’a confié qu’elle procédait de façon quelque peu similaire à sa démarche thérapeutique. De cet échange, chacun est ressorti enrichi de la pratique de l’autre.
C’est pour des moments comme ceux là, finalement assez fréquents, que j’aime être formateur.

C’est grâce à nos échanges que j’ai pu formaliser plus précisément la spécificité de ma démarche pédagogique pour l’apprentissage de la maîtrise de l’informatique et de l’internet, que je développe dans la suite de cet article …

Se former à l’informatique … Oui, mais pour quoi faire ?

Le travailleur solo (artisan, commerçant, profession libérale, agriculteur, indépendant, entrepreneur-salarié, …) doit être polyvalent et assurer à lui seul l’ensemble des fonctions d’une petite entreprise : commercial, administratif, logistique, gestion, comptabilité … autant de compétences qui ne relèvent pas directement de son coeur de métier et de sa technicité particulière.

Les outils numériques (informatique, internet, téléphonie, agenda électronique) sont des assistants personnels efficaces … à condition d’en maîtriser l’usage. Un matériel mal adapté au contexte de travail (trop limité ou trop sophistiqué, …) peut faire perdre autant de temps qu’il en fera gagner. Il peut rendre le professionnel dépendant d’une technologie capricieuse qu’il ne maîtrise pas et qui fragilise son entreprise (risque de pertes de données, de panne bloquant l’accès à l’information ou l’édition de documents à produire en urgence, …).

Apprivoiser la machine, se réconcilier avec l’outil

L’outil est le prolongement de la main de l’homme de l’art. L’artisan fait corps avec son outil, son instrument ou sa machine. Souvent il l’a choisi avec soin, parfois il l’a conçu, adapté, affuté, réglé et entrenu avec précision de jour en jour.

L’ordinateur, son environnement logiciel et matériel, ses produits dérivés (internet, photo numérique, lecteur MP3, agenda électronique, …) s’impose dans tous les métiers comme un outil universel, une sorte de couteau suisse. Mais il ne suffit pas de le prendre dans sa main pour le jauger, le soupeser et évaluer sa résistance et son adéquation au travail qu’on veut lui faire faire.

Cet outil est doté d’un langage, il n’obéit que si on lui parle en usant de formules magiques mises au point par une caste de magiciens (appelés « informaticiens »). Il possède sa propre logique, qui n’est pas celle du commun des mortels. Il a beau être multimédia et « multi-tâches », paraître universellement diffusé ou presque … il ne sait rien faire si on ne lui apprend pas comment on souhaite qu’il le fasse.

Se former à l’informatique, c’est comme faire à son pied une paire de chaussures neuves : la chaussure autant que le pied se font l’un à l’autre.

Apprendre en faisant … son métier et non pas des exercices

C’est en forgeant qu’on devient forgeron … Oui, mais comme le but n’est pas de devenir informaticien, pas plus qu’assistante bureautique, cela n’a pas de sens, et donc peu d’efficacité, de suivre des cours d’informatique ou de bureautique, de faire des exercices pratiques sortis de leur contexte, à savoir l’exercice d’un métier particulier.

Il existe des alternatives plus efficaces, comme l’accompagnement & la formation individualisée sur son poste de travail habituel.

Les situations d’apprentissages sont des temps durant lesquels on travaille sur ses propres projets, dans son environnement de travail habituel, mais en présence d’un « coach informatique ». Le « coach » répond aux questions que vous vous posez depuis toujours et auxquelles vous n’avez jamais pris le temps de chercher une réponse, ce qui ne vous a pas permis de progresser.

Les objectifs de formation sont co-définis entre le formateur et l’apprenant et tiennent compte des impératifs professionnels, mieux ils les intègrent comme une part intégrante de la motivation à progresser. Ainsi, au lieu de suivre une progression « logique » et immuable par rapport à un schéma d’apprentissage de mode scolaire, la progression cherchera le bénéfice maximum immédiat pour l’apprenant.

L’apprentissage se fait en s’appuyant sur les points forts de la personne et en cherchant une plus-value rapide, un bénéfice directement perceptible dans son travail quotidien.

Apprendre aux autres et avec les autres

Lorsqu’on est enfant, on n’apprend autant de ses « pairs », les autres enfants de son âge, que des leçons données par les adultes. Etre capable d’expliquer aux autres ce que l’on a appris est sans doute le meilleure preuve que l’on a vraiment compris et assimilé les notions en question.

La formation-action en petit groupe autour d’un projet est une autre alternative aux classiques stages informatiques, gourmants en temps et peu efficaces.

Il s’agit d’un projet réel apporté par l’un des participants. Le groupe est divisé en binômes qui vont travailler ensemble sur un projet commun à deux personnes, décliné si nécessaire en variantes spécifiques pour chacun. Au cours de ces séquences de travail, les échange réciproques de savoir sont au coeur du processus, où chacun est tour à tour donneur et receveur d’expérience.

Le rôle du formateur est essentiellement d’impulser et de réguler les échanges, de « tirer vers le haut » les binômes en apportant un niveau d’exigence professionnelle dans les résultats obtenus.

Apprendre à doses homéopathiques pour stimuler son envie de d’apprendre

En dispensant des « graines de savoir » à petites doses et juste à temps, le formateur développe une soif d’apprendre et réveille les neurones endormis !

Plutôt que de fournir des réponses toutes prêtes, pilules pour endormir la curiosité, le « coach informatique » cherche à susciter les questions, il donne des indices pour avancer sur le voie de la connaissance, mais il ne donne pas la solution, celle-ci doit être construite par l’apprenant par sa propre expérience.

C’est en comprenant par soi-même comment marche le monde qui nous entoure, que l’on devient plus autonome.

Apprivoiser les technologies …

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